La mouche glissée... selon Pierre MIRAMONT

Sous le titre  " L'éphémère et la truite / La mouche inexacte", Pierre Miramont  a publié en 1999, aux éditions Gerfaut, un succulent ouvrage qui ouvre bien des  horizons au palmeur engoncé dans ses certitudes...

Voici un extrait du chapitre III, "La mouche glissée" :

              "Les possibilités de la pêche au fouet sont multiples... Avec  le même matériel : canne, moulinet, soie,, le pêcheur au fouet a la possibilité de  pêcher les diverses formes d'eaux qu'il croise. Sans être pour cela tenu de changer d'équipement, il  peut, modifiant seulement son bas de ligne, s'adapter à de nouvelles formes d'eaux impliquant une technique autre que pêcher "en sèche". Les grandes rivières ont toutes plusieurs visages, différentes figures, passant du lisse au calme, au passablement ridé, torrentueux. Faut-il pour cela que le pêcheur non équipé (voire incompétent dans cette discipline) ignore, "saute" ces secteurs d'où il pourrait  espérer passer un agréable moment sous prétexte  de non-savoir ?
               Ce serait vraiment dommage, la pêche peut  être vraiment agréable, variée, surprenante. La mouche glisséee nous  vient de loin, dce trsè  loin derrière nous. Sur les écrits retraçants les doux plaisirs de la campagne comme il était  dit à l'époque, les premières mouches françaises étaient posées sur l'eau, retenues ou pas (par conséquent dragant, sillant sur un courant). le poisson  devait s'en saisir et être sorti en force. On oublie que la truite, poisson de grand sport, est une habituée de courants, voire de grands courants, rapides, tumultueux. notre pauvre mouche sèche, coquettement dressée sur ses fibres n'a aucune possibilité de représenter quelque chose de crédible, la réalité étant autre, chahutée, ballotée, culbutée, elle circule sous la pellicule de la surface.
               Raccourcissant son bas de ligne qui ne doit pas dépasser 1m50, allongeant et renforçant sa pointe (60 cm environ et de 16/100 à 18/100) où il fixera deux mouches. Une en pointe, l'autre en sauteuse (fixée sur le brin non coupé de la pointe raccordée au bas de ligne). Seulement pour bien pêcher ces secteurs, il lui faudra des mouches un peu spéciales. Conçues pour ce genre de fonctions. Elles doivent répondre de trois qualités : restituer une  impression d'insecte se débattant dans l'eau, vivre et travailler quelles que soient les formes d'eaux, ne pas flotter sans pour cela se noyer profondément. Elles doivent pouvoir glisser dans quelques centimètres sous la surface ou le sillage n'a pas du tout la même signification qu'en surface. Utilisant des laines de couleur pour confectionner les corps, ceux-ci seront suffisamment lourds  pour ne pas flotter sans être de plomb et ... couler.  On peut, par dessus un corps de laine, enrouler des herls mordorés de paon et  les cercler d'un fin fil de cuivre qui consolidera l'ensemble en l'éclairant par l'intérieur. La plume, très bonne, naturelle, est assortie à la nuance des corps. Grise dorée sur un corps jaune pâle ou marron, grise acier sur un corps bordeaux cerclé or ou un corps gris pâle cerclé vert. Grise très foncée sur un corps en paon ou noir. La  particuliarité de ces mouches est dans le fait qu'une fois la plume tournéee sur l'hameçon, on la regroupe pour la rabattre vers l'avant, vers
l'oeillet
. On ligature  fermement pour maintenir la plume dans cette forme. Cela forme comme un entonnoir dont l'oeillet serait le centre interne. Et dans l'eau ? Cela vit très bien, les hackles sont en perpétuel mouvement mais cela ressemble aussi aux mouches naturelles, noyées, mutilées par les eaux et dont les ailes sont devenues informes, collées, cassées...
                Les modèles donnés, sont des modèles empiriques venus de Marcel Lapourré (1930... qui  les tenait de qui ?) à Charles de Vazeilles (ami et  habile pêcheur contemporain, disparu...) en passant par des pêcheurs béarnais, basques ou de Margeride. Le pêcheur peut adapter, essayer d'améliorer et créer des compositions de son cru... mais si ces montages ont traversé les ans, ce n'est sûrement pas sans raisons. Nous arrivons  bien tard dans un monde bien vieux...
                La technique ? On pêche relativement court pour pouvoir contrôler les mouches. le pêcheur "tire" les bordures de  cailloux, bordures de courants, remous, bref toutes les cassures d'eaux où une proie portée peut être ralentie, modifiée dans son comportement. Les mouches, "plaquées sur l'eau" ne pêcheront que sur 1 mètre maximum environ, certaines fois un peu plus, mais rarement. Sitôt leur parcours "dans le film de l'eau" souvent en travers de cette eau, on relève et on relance un peu à côté du premier tir. Rares sont les gobages visibles dans ces lieux, mais les truites montent comme des balles, imprévisibles, parfois à un mètre de nous. La  touche peut se voir, se localiser (remous, éclairs argentés, tirade sur le fil, arrêt de celui-ci, etc...) parfois se sent, brutale à vous arracher la canne des mains, toujours émotionnante. La pratique de cette technique demande un certain apprentissage mais n'offre pas de difficultés majeures, c'est surtout l'équilibre bas de ligne-mouche qui est impératif." 
 

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