Chapter three

 

Résumé des deux épisodes précédents : Christian et Dominique ont exploré le parcours fédéral mouche à Beussent, sur la Course, puis ont descendu la Aa de Renty à Ouve Wirquin… L’occasion de faire la rencontre de personnages sympas, mais pas dans la catégorie poisson.

 


Troisième expédition dans le 62, à laquelle notre spécialiste des questions internationales (et particulièrement d’Asie centrale), le VéPé-JiPé, retraité de son état et retour de Mongolie, a souhaité s’associer… Nous prenons donc la route à trois, un matin frais de septembre, dans ma nouvelle Ford T sur les routes de ce territoire border line,  étonnant et étrange qu’est ce département pourtant voisin du nôtre : le Pas-de-Calais.

Direction : le café-tabac Le Chiquito à Desvres, tenu par des femmes –semble-t’il- qui connaissent la population locale mieux que n’importe quelle Edwige de la police nationale, avec une humanité personnalisée au comptoir des fumeurs, qui n’est pas comparable, naturellement. Un grand plan sous verre est affiché au mur, avec photos des différents spots praticables, apparemment. Je le photographie et te le restitue tel que, cher lecteur indulgent, qui voudra bien pardonner les reflets de la glace…

 

Pour résumé, deux parcours sont possibles sur la Liane, tous deux situés au Nord de Desvres :

 

-à l’ouest de la forêt de Desvres, la partie aval, entre Cremarest et Wirwignes. Je ne vous en parlerai pas, on ne l’a pas essayé. Apparemment, il vaut mieux attaquer par l’amont, vers Cremarest, où l’on peut pêcher sur les deux berges.

 

-à l’est de la forêt de Desvres entre Selles et Bournonville. Ce parcours et beaucoup plus long et pêchable sur les deux berges (sauf deux réserves, en  rouge sur la carte). Nous nous sommes arrêtés au petit pont de Selles

et avons commencé notre exploration amont et aval, à partir de là.

 

 

Premières impressions : soleil d’automne, température pas trop fraîche (15° à 10h), le site est joli, les accès à l’eau ne sont pas trop difficiles (encore que les spots mouche sont plutôt rares), pas ou très peu d’insectes (quelques tipules) et une eau sombre, mais pas noire, plutôt marron sale. Le fond est vaseux, recouvert d’une mousse grise qui a tué la flore. On ne voit pas trop où pourrait vivre la faune aquatique normale d’une  rivière en bonne santé. Sauf sûrement les chironomidés (vers de vase), les tipules ou les gnats.


 
Naturellement, pas de gobages ! comme dirait l’ami Christian (l’autre), en parlant de sa chère Authie. Bref pas vraiment le type de rivière qui provoque le coup de foudre et met le palmeur en pamoison. En « palmoison »… ?


Mais, bon, rien n’arrête le pèlerin, surtout quand il vient de loin. Nous passons donc près de trois heures à mouiller nos mouches les plus pimpantes et les plus endimanchées pour des poissons dont on ne verra pas le bout d’une caudale. Peut-être qu’ils ne savent plus ce qu’est un insecte, ou qu’ils ne l’ont jamais su s’ils viennent tout droit de la pisciculture.

 La sèche ne donne rien même sur les postes à truites présumés et la NAF dans les profonds ou les courants, non plus.

Enfin, comme d’hab, on décide vers 13h d’un repli stratégique et compensatoire sur un petit resto du coin, au bord de la Nationale, tenu aussi par des femmes. On n’a pas fait bombance, mais nous avons bien mangé quand même.

Là-dessus, en début de digestion, le Vépé-Jipé  nous fait une petite contraction duodénale et suggère avec insistance qu’on passe plutôt l’après-midi sur sa belle rivière d’autrefois (séquence nostalgie), la Course. On n’a pas voulu le contrarier et nous avons donc choisi la route du sud, vers Beussent, en prenant la précaution de demander par téléphone, la permission à la Fédération du Pas-de-Calais. Christian et moi, faisons les honneurs du parcours mouche fédéral, à notre VéPé.

Sur l’AM, on prendra huit petites truites, mais selon un type du coin qui fréquente le parcours régulièrement, il y a aussi quelques beaux poissons qui ont déjà été pris plusieurs fois. En tous cas, nous, on ne les aura pas beaucoup dérangés.

 

 

 

Quatrième excursion sur les rivières du Pas-de-Calais, avant la fermeture de la pêche en 1ère catégorie : Daniel et moi décidons le dernier samedi de septembre d’aller tester la Hem, à Clerques.

C’était le dernier parcours inscrit à mon programme été-automne 2008 et Daniel était content de partager cette exploration avec moi, ayant toujours eu envie, m’a-t’il avoué, de s’aventurer dans ces terres mystérieuses du Pas-de-Calais. D’autant que cette dernière exploration s’annonçait bien : la veille, l’épouse du président –qui ne s’appelle pas Carla-, m’avait dit que la carte journalière s’achetait au café des Gais Lurons. Bon début, même si le dit établissement est planqué au détour de la place de l’église. Mais faut bien que les étrangers cherchent un peu. On ne peut pas tout leur servir sur un plateau. D’ailleurs, je suis langue de pute, parce que la gentille tenancière, passé la première et naturelle méfiance à l’égard de deux gars pas du pays, nous a plutôt bien indiqué par où on avait intérêt à aller… en bas derrière le bistrot et par la route, à gauche vers le hameau, Le Hamel, où on trouverait un petit pont et la place pour se garer… Ce que nous fîmes, sans trop merder. On peut se garer sympa sur une petite place herbue, en faisant gaffe de pas laisser sa nouvelle Ford T bombardée par les bogues du beau grand marronnier, devant ce qui a du être le bâtiment d’accueil d’une pisciculture fermée depuis plusieurs années déjà.

Voilà, on jette un œil à la rivière alentour et on file, une fois équipés, vers l’amont ( plutôt que vers l’aval, je ne sais pas pourquoi ?). A 100m, il y a une chute et avant quelques beaux petits courants, que Daniel décide d’essayer, me laissant la chute (au privilège de l’âge). Mais, mauvaise pioche, je m’enfonce à mort dans une vase épaisse et je ne peux pas pêcher loin (des arbres derrière) dans cette chute. Sympa, la vase, ça recommence.

Je traverse là où je peux et je décide de remonter la rivière, malgré quelques panneaux qui n’ont pas l’air de recommander la chose. Et là, promenade étonnante  à travers la pisciculture désaffectée, avec sensations  décadentes, comme dans une ancienne usine soviétique : ici on a travaillé et produit… et on a viré tout le monde, tout arrêté.

La rivière, en ligne droite, le long des anciens bassins, est envasée jusqu’à la moitié du lit. On imagine la quantité de déjections piscicoles qui a du être déversée dans les parages…


Ensuite, je traverse plusieurs terrains en friche, dont les clôtures ne sont plus hermétiques depuis longtemps et un bois. Il a plusieurs resserrements du lit avec courants puis des profonds qui normalement devraient abriter de belles truites. J’essaie plein de nymphes au fil, plus ou moins lourdes, sans déclencher le moindre intérêt d’un poisson. Mais, il en faut plus pour décourager le pèlerin, qui trace son chemin dans la vase de plus en plus épaisse de ce qui autrefois, a du être une belle rivière. Et partout (ici comme sur les autres rivières du 62), ces tuyaux de drainages qui percent le talus de la berge, venant du pré ou du champ qui bordent la rivière. Le crime est signé. Sans aucune mauvaise conscience, des gens qui empoisonnent notre Planète, au bout de leur petite terre. Terre-terre-Terre-terre… Il y a des gens qui commencent seulement à faire le rapport, comme les paysans qui balancent leurs saloperies chimiques avec des masques à gaz, parce qu’ils connaissent maintenant les statistiques du cancer qui sont vraiment dures avec les vieux agriculteurs…

  

Bref, après le casse-croûte de la mi-journée (avec Daniel, on pique-nique), on médite devant le peu d’intérêt de cette rivière (ici  comme ailleurs, un planning de rempoissonnement fonctionne durant toute la saison. C’est pas compliqué y a qu’à venir, le lendemain, poser une canne aux bons endroits avec un ver au bout, si on veut remplir le congélateur de bobonne, d’un poisson qui souvent sent la vase d’ailleurs. C’est à la fois tragique et dérisoire).







Daniel et moi, sommes légitimement fiers de notre époque et de la plupart de nos contemporains. Au débutd'après midi, nous essayons, sans plus succès le parcours vers Audenfort qui déploie ses méandres dans un paysage de pâtures, tout-à-fait agréable.


Pour vaincre le coup de blues, vers les 16h, nous décidons de repartir, une fois encore vers le sud, mais pour tenter de trouver ce fameux nouveau réservoir à Recques-sur-Course, dont Christian Labouré nous a parlé après avoir rencontré un autre pêcheur sur la Bresle… (lire plus bas dans ce blog).

Nous avons perdu beaucoup de temps et tourné pas mal pour trouver cette ancienne et immense balastière,( d’ailleurs au lieu dit la Balastière), totalement planquée dans les bois. Mais l’accès que nous avons trouvé n’est pas le bon. Il nous a juste permis un aperçu. Il faut sûrement trouver celui du propriétaire, mais nous n’avions pas emporté son n° de tel et de toute façon il commençait à se faire tard…
Nous avons décidé de revenir en hiver.

 

Voilà, la saison de pêche est terminée en 1ère catégorie et l’espoir -qu’avait fait naître mon imagination- de découvrir quelques vrais parcours de pêche dans le Pas-de-Calais, pandouille mollement au bout de ma canne à pêche.

En même temps, j’ai quand même envie d’insister, de retourner voir. Je suis loin d’avoir tout vu.

Et puis j’ai noué un contact extrêmement intéressant  avec Jérôme Humetz, dont j’ai découvert qu’il était le correspondant régional de Plaisirs de la Pêche, la meilleure revue de Palm, hélas décédée en 2005. Déjà à défendre sa rivière l’Aa, à en parler avec passion.

Mais, avec lui on reviendra au bord de l’Aa avec lui dans un prochain papier…

 

 

 

 

 

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